Le mental selon CPT

  • Justin Britton

Charles Philibert-Thiboutot est olympien et spécialiste du 1500 m sur piste. Il a eu ces dernières années son lot incalculable de blessures, limitant drastiquement ses entrainements et son développement d’athlète. Récemment, les choses se sont rétablies. Réflexion sur le fait de « travailler le mental » par CPT.

Pour la première fois depuis très longtemps – je cogne du bois – j’ai retrouvé un momentum significatif à l’entrainement cet été et cet automneé Ce qui s’est matérialisé avec des records personnels sur les distances de 5000m et 10 000m dans les dernières semaines, soit 13:22.44 et 28:45.42.

À la fin du mois de juin – lorsque j’ai recommencé pour la Xièeme fois un plan de retour fractionné à la course à pied à la suite d’une blessure – ma physiothérapeute et mon coach se sont entendus sur le fait qu’aucune compétition ne devrait se mettre dans le chemin de mon retour à la forme avant le mois de décembre. Nous avons convenu que nous allions donner plus de temps que jamais à mon corps pour se préparer, et pour revenir à un niveau international de performance après avoir été martyrisé pendant des années.

En plus de pouvoir me concentrer sur mon plan d’entraînement sans sauter d’étape, j’ai également entrepris un régime «rigoureux» de conditionnement mental pour pouvoir gagner de la concentration lorsque je cours. Je savais que dans le passé, une de mes faiblesses sur les distances plus longues que 1500m était ma capacité à garder le focus sur la tâche, surtout quand le nombre de tours à parcourir sur la piste semblait interminable. Je savais que ce genre d’attitude serait inadmissible si je voulais performer sur 5000m et 10 000m.

Comment entraîner son mental pour la répétition extrême? Devenir ennuyeux soi-même. L’ennui, lorsque dompté, devient le meilleur allié de l’athlète d’endurance.

À partir du mois de septembre, mon horaire était tellement devenu répétitif et prévisible que les journées de la semaine ne voulaient rien dire pour moi. Le vendredi où on se lâche lousse, le week-end, le lundi qu’on anticipe avec horreur – toutes ces notions sont disparues à mes yeux. Tous les jours, je me levais, je courais sur les mêmes parcours jour après jour et je me couchais tôt. En plus, les journées où je courais deux fois (habituellement le matin entre 14km et 16km, l’après midi entre 8 et 10km) j’ai pris comme démarche de compléter ma deuxième sortie de la journée sur un terrain gazonné sur lequel je tournais en rond; des boucles entre 250 et 800m. Laissez-moi vous dire, ça fait beaucoup de tours.

Je suis devenu tellement confortable avec la répétition que jamais je n’ai eu peur de courir les distances de 10 000m et 5000m sur piste, des distances que j’ai longtemps redoutées. De plus, jamais je ne me suis senti tant à l’aise mentalement pendant des courses. Mon confort avec l’ennui a complètement anéanti l’appréhension que j’avais pour ces distances plus longues dans le passé. Il est également beaucoup plus facile de rester concentré dans le moment, acharné sur la tâche, tour après tour, sans se laisser dérouter par le désagrément qui vient avec la réalisation du nombre de tours à compléter à la mi-course.

C’est sûr que devenir «ennuyeux» n’est peut-être pas pour tous, mais c’est définitivement, à mon avis, un facteur important de performance. Combien de temps pourrai-je soutenir ce mode de vie, quelque chose d’assez surprenant surtout pour ceux qui me connaissent comme étant un bon vivant? Pas indéfiniment, certes, mais tant que ça me permet de fracasser mes records personnels et de me mettre en voie vers les Jeux Olympiques, ce conditionnement mental continuera.

Charles Philibert-Thiboutot a participé aux JO de Rio en 2016 (1500 m sur piste).