Ötillö ou les Championnats du monde de Swimrun

  • Jean-Marie Gueye

Dans le numéro du Printemps 2022, nous vous avions parlé des formats de triathlon autres que le traditionnel enchainement « natation-vélo-course ». Parmi ceux-ci, il y a le Swimrun, dont la référence se nomme Ötillö.

Certaines beuveries se concluent par un mal de tête carabiné. D’autres, par la venue au monde d’une discipline qui a aujourd’hui le vent dans les voiles : le swimrun. L’histoire se déroule en 2002 dans l’archipel de Stockholm, au large de la capitale suédoise homonyme. Deux amis en état d’ébriété lancent un pari sportif pour le moins singulier à deux autres, tout aussi ivres. Le dernier binôme à atteindre un hôtel situé à 75 km de là réglera l’addition de la nuitée, des repas et des consommations de tous les participants, s’entendent-ils. Le départ est fixé au lendemain matin.

Finalement, il aura fallu plus de 24 heures au tandem victorieux pour réussir le défi – et ne pas célébrer, pour cause de fatigue excessive. Pas grave : tout ce beau monde remet ça l’année suivante sur le même parcours. Depuis 2006, la tradition se répète au début de chaque mois de septembre lors de ce qui est désormais considéré comme le championnat du monde de la discipline : Ötillö (prononcer « eu-till-eu »), qui signifie littéralement « d’île en île » en suédois. Parce que le swimrun, c’est exactement ça : aller d’un point A à un point B en combinant natation en eau libre et course en sentiers.

« Le swimrun est autant une épreuve d’endurance que d’orientation. Il faut savoir s’adapter et posséder un bon système D », souligne Estelle Chamoux, organisatrice de la première édition du S-Triman Swimrun, qui a eu lieu le 26 septembre dernier. Les participants se sont alors élancés du parc de la Plage-Municipale, dans le secteur Deauville, pour rallier le parc Jacques-Cartier, en plein centre-ville de Sherbrooke. Au menu : 4 km de natation dans la rivière Magog et 14 km de course à pied pour un total de 18 km répartis en dix étapes – un format initiation de 11,5 km était également proposé.

Sur la ligne de départ, on retrouvait aussi bien des athlètes en solo que des équipes de deux personnes reliées par une corde élastique, comme dans la vraie affaire. Tous ont opté pour des stratégies de course différentes. Celui-là a pris le départ muni d’un flotteur jambier (pull-buoy) et de palettes de natation. Une autre a plutôt misé sur une simple combinaison isothermique, sans accessoires de natation. La gagnante a quant à elle nagé avec des palmes qu’elle rangeait lors des étapes de course, un choix manifestement judicieux. La seule condition : que tous vivent avec leur décision jusqu’à la ligne d’arrivée, comme le prescrivent les règles.

Contexte sanitaire incertain oblige, l’épreuve a été organisée à la dernière minute. Malgré tout, elle a su rassembler une trentaine de participants enthousiastes. « Il y avait des wow à profusion ! Nous sentons que le format en a conquis plusieurs », se souvient Estelle Chamoux, qui prépare déjà une deuxième édition du S-Triman Swimrun, qui se déroulera le 3 septembre prochain. Un autre swimrun se tiendra également à Mont-Tremblant plus tôt dans l’été, le 26 juin. « La discipline a un avenir certain au Québec. Nous ne manquons pas de lacs, de rivières et de forêts où en organiser », commente Jean Piolé, de Triathlon Québec. (Maxime Bilodeau)

En images, l’Ötillö 2022 : https://youtu.be/3LjEdi5-Le0