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 La vedette du mois

Novembre 2012
ALAIN RAYES

 

La course et la politique, la même passion!


Novembre 2009, la population de Victoriaville fait son choix. Elle me choisit pour les représenter comme maire. Une nouvelle aventure commence avec tout ce que cela implique; représentations, réunions, cocktails, conférences de presse, allocutions, lecture, préparation de dossier, etc. Les heures de travail augmentent, le temps familial et personnel diminue. Je fais tout le contraire de ce que je dis aux gens que je rencontre sur mon chemin. Soit, l’importance de garder un équilibre dans notre vie, bien manger, bouger, passer du temps de qualité avec notre famille et nos amis.


En 2010, deux personnes me font prendre conscience que je suis dans la mauvaise direction. La première : Pierre Lavoie, un individu d’exception, un modèle à suivre. Il m’allume lors de sa conférence, je me dis que je dois faire quelque chose, je dois bouger, me mettre en action. Une étincelle vient de voir le jour. Il fallait maintenant de l’oxygène pour que le feu prenne.


Deuxième personne : ma femme qui a commencé à courir en 2009 et que j’accompagne lors de son premier marathon au Vermont à l’automne 2010. Au fil d’arrivée, je suis sans mot lorsque je la vois traverser la ligne. Je ressens la fierté, le dépassement de soi, l’effort, la détermination et la satisfaction dans son visage et dans chacune de ses foulées.


Le 2 janvier 2011, je me décide, j’annonce à ma femme que je commence à courir demain. Je souhaite alors joindre l’utile à l’agréable; passer du temps avec elle en allant courir ensemble et prendre soin de mon corps et de ma santé. Du temps pour moi et ma douce, juste pour nous deux!
Je commence à la base, je m’achète des souliers et je pars. Un petit 3 kilomètres, oh combien long et pénible! Je me rappelle encore le moment lorsque je suis arrivé chez moi. Je venais de prendre conscience que je n’étais vraiment pas en forme; 3 kilomètres en plus de 24 minutes. Bien loin de mes jeunes années d’adolescent lorsque je jouais au soccer et que je courais des cross-country.


Tranquillement, l’année avance et l’entrainement va bien. Tellement bien que je tente ma chance au demi-marathon de Victoriaville à la mi-mai. L’expérience est concluante et j’adore cette sensation de bien-être que me procure la course. J’annonce donc à ma femme que je souhaite courir un marathon avant la fin de l’année. Mon choix est fait; on achète nos billets d’avion et avec une gang d’amis, nous nous inscrivons au marathon de Las Vegas le 4 décembre 2011, quelques jours avant mon 40e anniversaire. J’apprends à la dure l’importance de s’entrainer de façon intelligente. J’abuse et je ne respecte pas le plan d’entrainement. Le verdict tombe: 3 mois avant l’événement, une fracture de stress au genou droit. Repos forcé; on se reprendra.


2012 arrive avec toutes les résolutions du Nouvel An. Objectif : courir mon premier marathon avant la fin de mes 40 ans avec ma femme et mon ami Éric. Nous choisissons Montréal le 23 septembre 2012. L’entrainement se passe bien le printemps, l’été et enfin le moment tant attendu arrive. Une expérience fantastique du 1er au 35e kilomètre et ensuite, je frappe mon mur, celui que tout le monde décrit, le vrai! Les 45 minutes les plus dures de ma vie. Le cerveau ordonne au corps de s’arrêter. J’avais l’impression que mes jambes étaient dures comme des barres de fer. Je voyais des points noirs. C’est alors que ma femme m’a dit : « Tu arrêtes; l’objectif est de finir debout pas sur une civière! ». Je marche, je bois, je mange des jujubes énergisants. Le temps n’a plus d’importance. On souhaite seulement finir la course sur ses deux jambes. Je vais chercher mes dernières ressources sous les « Go, Go, Go! » de ma Catherine pour enfin traverser la ligne d’arrivée. Je suis fier de moi. Je pleure de douleur, mais surtout de satisfaction. J’ai poussé mon corps au bout de mes limites. Temps final : 3 h 55 minutes. Je me promène fièrement avec ma médaille au cou dans le métro de Montréal en retournant chez moi. Je suis fier de ce que j’ai accompli, je suis heureux de l’avoir fait avec mon ami et ma bien-aimée. Tout cela avant la fin de mes 40 ans.


Dans la semaine qui suit, à tous les soirs j’ouvre mon IPAD au lit dans l’espoir secret de trouver un autre marathon à proposer à ma femme. J’ai la piqure, je veux le revivre et surtout le finir dans un meilleur état.


Lors d’un souper où j’ai l’occasion de rencontrer pour la première fois Marianne Pelchat, rédactrice en chef du magazine KMag et grande coureuse, je verbalise mon souhait un peu fou de courir un deuxième marathon avant mes 41 ans. Elle me recommande sans hésitation celui de Philadelphie pour la qualité de son parcours. Sans plus attendre, nous réussissons à avoir 3 inscriptions qui nous motivent à reprendre l’entrainement rapidement.
Cette deuxième expérience en moins de 2 mois fut encore plus plaisante. La nouveauté en moins et l’expérience de Montréal m’ont permis d’apprécier beaucoup plus l’aventure du marathon de Philadelphie. Un parcours magnifique qui nous fait découvrir l’histoire et les paysages de la quatrième plus grande ville des États-Unis, ville de la première déclaration de la Constitution Américaine et ville mythique des films de Rocky Balboa. Une organisation professionnelle et attentionnée, des bénévoles dévoués et des spectateurs, tout le long du parcours, qui nous encouragent. Tous les ingrédients étaient présents pour que nous vivions une autre belle course. Résultat final : 3 h 51 pour moi, 3 h 49 pour mon ami Julien et 3 h 43 pour ma femme.
Courir un marathon, c’est un défi extraordinaire. On le fait pour repousser nos limites, pour se dépasser. Il y en a qui se surpassent en courant 5 km, d’autres en faisant un Ironman. Le plus dur n’est pas de courir, mais de trouver du temps pour les entrainements la semaine et les fins de semaine pour les longues courses. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est de pouvoir vivre cette expérience à chaque fois avec ma Catherine.


Je peux confirmer que courir un marathon et faire de la politique ont beaucoup de points en commun. Dans les deux cas, les qualités essentielles sont la persévérance, la rigueur au travail, la passion, une bonne gestion de son temps et naturellement, beaucoup de détermination.
Réussir à courir un marathon ne fait pas de moi un meilleur maire, mais une telle expérience démontre que derrière les politiciens, il y a aussi des êtres humains.


Comme Pierre Lavoie et ma femme qui m’ont donné le goût de bouger, j’espère que mon histoire donnera le goût à d’autres personnes de faire de l’exercice et d’adopter de saines habitudes de vie.

Alain Rayes
Maire de Victoriaville et mordu de course à pied

La vedette du mois

Octobre 2012
LUCIE BEAUPRÉ

 

J'ai le goût de partager avec vous ce qui nous a poussés, à s’inscrire pour une première fois au 10 km à Ottawa et devenir adeptes des lignes de départ.
 
En fait, tout a commencé en 2010 lorsque la plus jeune de mes sœurs Mélanie (nous sommes 4 filles) décide de se mettre à la course à pied et nous implique,  Martine et moi, dans le projet d'une course de 10 km et qui tomberait bien avec le marathon d'Ottawa au mois de mai 2011.
Nous voilà au départ pour le 10 km. Sentant la fébrilité et le stress nous envahir, nous ne pouvons plus reculer devant ce nouveau défi. Je suis une personne relativement en forme, mais, revenant d'une blessure au Ultimate frisbee, je n'ai pas vraiment eu l'occasion de m'entraîner pour cette course. Nous avons toutes réussies le défi avec fierté.
 
Ma mère, une femme de 63 ans, dynamique et active, accompagne ses filles en se disant que c'est un beau petit voyage de filles, pourquoi ne pas en profiter. Ma cousine travaille à Ottawa et se dit que c'est plutôt rare que la famille arrive en ville. Elle accompagne ma mère et prend une série de photos. Cette activité motive plus que tout ma mère et ma cousine qui se disent, que l'année prochaine elles seront parmi nous sur la ligne de départ.
On revient à la maison et ne fait que parler de notre fin de semaine de filles. Ma sœur Nancy qui n'était pas du week-end se dit qu'elle aussi serait des nôtres l'année prochaine.
 
Pour se motiver encore un peu plus, nous décidons (les 3 filles) de s'inscrire au 10 km des Deux-Rives de Québec. L'été se conclut de cette façon et avons déjà très hâte à Ottawa. Mélanie nous lance que peut-être le demi-marathon sera notre défi l'année prochaine...EUHHH!! non!!!! Personnellement, je me sens loin de faire un demi-marathon.
 
Par contre, nous ne pouvons pas en rester là avec la course. Mélanie, qui nous a impliqués dans cette aventure, décide de partir un petit club de course avec nos collègues de travail. Elle et moi étant  propriétaire de l'entreprise familiale (boucherie-traiteur) faisons le point de rassemblement les lundis soir après la fermeture du commerce. Parfois 2, parfois 3 à courir. Mais parfois 5 ou 6. Le but de l'activité demeure plaisante et sans pression.
Nous servons un peu de mentor, ma sœur à moi, en expliquant des petits trucs au fur et à mesure.
 
La plupart n'ayant jamais courue, nous faisons des aller-retour pour rejoindre les plus lents. Tout le monde peut y participer. L'important, c'est d'y aller à son rythme.
 
Nous continuons de nous entrainer chacune de notre côté pour tenir la forme pendant l'hiver. Personnellement, j'ai une passion depuis l'été 2006 qui est l'Ultimate frisbee. Ce sport est très intense en cardio et m'aide à garder la forme physique. Mais cela ne suffit pas si tu veux performer et avoir de l'endurance en course à pied.
 
Ottawa 2012
Nous sommes maintenant six à y participer. Ma sœur Nancy, ma mère et ma cousine Mireille ont tenues leur promesse et participeront à l'activité à la marche rapide. Nous sommes toutes fébriles sur la ligne de départ pour le 10 km. Malgré la chaleur et l'humidité, nous réussissons sans problème à franchir la ligne d'arrivée.
 
C'est tellement excitant pour nous que ne faisons que parler de la course,  pendant le souper familiale, sur Facebook, au travail, etc. Pendant au moins 2 semaines, on ne fait qu'y penser et revivre nos moments pendant notre course. Je lis sur la course à pied. Je décide de faire un programme de 5 semaines pour améliorer mon  temps. J'ai trouvé ce programme sur un site français. Je suis disciplinée et ne manque aucune course. Le programme se termine et je ne suis inscrite à aucune course pour voir si cela a porté fruit. Les tournois de frisbee, par contre, me prouvent que mon endurance s'est améliorée. Mes deux sœurs, Martine et Mélanie, commencent l'entrainement du demi-marathon.
 
Marathon des Deux Rives 2012
 
Facebook et le club de course de la boucherie en a motivé plus d'un. Les filles du club de course et Luc (chum à Mélanie) sont inscrits au 10 km. Une autre cousine qui a vu nos messages sur FB a décidé de se mettre à la course et s'est inscrite au 5 km. Tout le monde a terminé la course fièrement.
 
Demi-marathon Rimouski
 
Mélanie,  la motivatrice des courses, se sent prête pour le demi-marathon. Cela nous en prend pas plus pour embarquer dans l'aventure du demi, Martine et moi. La course, qui semble être parfaite pour la fin de notre entrainement, est à Rimouski le 30 sept. Ma mère et Nancy ne pouvant nous laisser aller vivre une autre expérience de course sans y participer, s'inscrivent au 10 km à la marche rapide. Encore une expérience mémorable qui ne fait qu'augmenter notre excitation de la course à pied. Nous sommes toutes fières de nos kilomètres parcourues durant l'été. Aussi difficile que les kilomètres ont parfois été, je ne peux que me réjouir de m'être laisser transporter dans cet aventure.
 
Pendant la semaine qui a suivi mon demi-marathon à Rimouski je me suis sentie nostalgique. Après un été mouvementé de tournois de frisbee, d'entrainement de course à pied, je me permets une petite semaine de congé bien mérité. Un petit quatre jours de congé dans la Baie des Chaleurs en Gaspésie, j'enfile mes nouvelles chaussures de course. Je ne peux  expliquer à quel point je suis HEUREUSE...
 
p.s. petit truc pour se remettre sur pied rapidement: BAIN DE GLACE 10 minutes.
 
Comme je disais, les tournois de frisbee sont tellement intenses: 4 parties le samedi et trois le dimanche. Nos jambes sont tellement sollicitées que nous avons de la difficulté à marcher le dimanche. Nous faisons un bain de glace le samedi soir et ceci nous remet sur pied pour le dimanche.
 
Lucie de Québec
 
 

La vedette du mois

Août 2012
PHILIPPE SICOTTE 

Mon nom est Philippe Sicotte. J’ai 48 ans et d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé courir. Je ne suis définitivement pas ce que l’on pourrait appeler un athlète naturel. Physiquement, tout résultat vient  avec beaucoup d’efforts et de persévérance. Par contre, on m’a souvent dit que J’avais une tête dure !!! Si je me donne un but, je n’arrête pas avant de l’avoir atteint. 
Il y a de cela quelques mois, je me suis donné un nouvel objectif. Avec l’aide de ma famille et amis, je vais courir 80 km en 12 heures ou moins. Le trajet débutera le 29 Septembre 2012 au Fort de Chambly à 7 heures. Je vais courir sur la piste verte jusqu'à St-Jean. Poursuivre jusqu'à Farnham et revenir terminer à St-Jean vers 18-19 heures.  Pour moi, c’est définitivement le challenge d’une vie…Ma tête dure devrait bien me servir !!! 
Pourquoi courir une telle distance ? L’année dernière, J’ai appris à mieux connaître une fondation extraordinaire qui s’appelle Rêves d’enfants. J’ai décidé de m’impliquer aux niveaux de mon temps ainsi que d’amener une contribution financière à la fondation. Mon but est d’amasser $10,000. Ce montant représente, en moyenne, le coût d’un rêve. Je me suis dit que courir un Marathon serait probablement pas suffisant pour ramasser une telle somme, alors pourquoi pas en courir 2 (ou presque) consécutifs…
En terminant, j’aimerais mentionner que nous avons créer une subdivision de Rêves D’enfants en Montérégie et que nous aurons deux activités pour amasser des fonds en 2012.  La course le 29 Septembre et une marche au Parc Marie- Victorin, à Longueuil, le 14 Octobre.
Si vous désirez contribuer à ma course et ou venir m’encourager, le liens du site Web est inclus. Vous pouvez également venir marcher avec nous le 14 octobre.
http://my.e2rm.com/personalPage.aspx?registrationID=1483038&langPref=fr-CA
 
Si vous êtes intéressé à vous joindre à nous en tant que bénévole, rendez-vous sur le site de Rêves d'enfants et contactez nous.  http://www.childrenswish.ca/fr-qw/home
 

La vedette du mois 

Juin 2012
SACHA CAVELIER

Lorsqu'en 1923 Franck Robbins et Marion Buck inauguraient l'un des plus vieux interstate trails du territoire des Etats Unis, le Wapack trail, chemin de 21,5miles (34,5km) à travers les monts du Massachussets et du New Hampshire, jamais ils n'auraient imaginé qu'une bande de fous se serait retrouvée chaque année en mai pour s'offrir l'aller et retour de ce chemin, alors qu'autrefois un jour de marche était nécessaire pour le parcourir en totalité, du Mont Watatic, MA jusqu'à North Pack Monadnock Mountain, NH. Ils auraient encore moins compris l'intérêt de faire six heures de voiture depuis Montréal pour se dégourdir les jambes. Et pourtant... 

   Car si la route est longue pour celui qui ne va pas au bout de ses rêves, elle n'est guère plus courte pour le téméraire assoiffé de nouveaux horizons. Aussi, après un départ vers 18h de Montréal, après avoir attrapé une crampe à force de sourire continuellement pendant une demi heure à la frontière, c'est à minuit que j'ai enfin touché le sol du Massachussets, sur le parking du Mont Watatic, perdu dans la montagne, départ du Wapack trail, pouvant ainsi m'offrir un rapide casse-croûte, avec pour seul compagnie les bruits de la forêt et... deux amoureux dérangés dans leur affaire qui me laisseront seul assez tôt en voyant que je compte bien m'installer là. 

   Ainsi, après une courte nuit de trois heures, les phares des voitures des premiers arrivants me réveillent. Je sens l'ambiance des longues courses monter. Des nuits aussi courtes que les distances sont longues, des départs à la lampe frontale, ... Après quelques brèves explications sur le sentier ("follow the yellow blazes"), nous sommes 37 à nous faire avaler par la noirceur de la forêt. La particularité de cette course est que après avoir fait l'aller-retour du trail, les coureurs en seront à 69km. Libre à eux alors de choisir s'ils veulent s'arrêter là et être classés sur le 43miles, où s'ils veulent continuer sur l'ultime boucle, les menant à la distance finale de 50miles. 

   Le sentier se révèle très technique, jonché de pierres et racines, parfois de flaques. Les deux premières heures se font à la lampe frontale, puis le soleil se décide à éclairer notre chemin. Comme à mon habitude en ultra, je marche rapidement dans les montées, de toute façon trop raides pour y courir, et me laisse aller en courant dans les descentes. Le plat est rare, mais le sentier est très agréable, et le soleil nous fait même l'honneur de chauffer nos visages. Je me fait doubler et double des coureurs et oscille entre les 5ème et 10ème place. Je retiens ma foulée pour conserver mes forces pour plus tard. Puis, comme dans toute course assez longue, vient le moment des discussions avec les trailers. Lorsqu'on court des heures à coté d'un bonhomme sans lui parler, on finit par se trouver ridicule et  engager la conversation. Je parle ainsi avec deux coureurs jusqu'à la fin du sentier, ou nous ferons demi tour. Pour eux aussi c'est le premier 50miles, le jour de la réponse à beaucoup de questions. Nous partageons des expériences de courses, eux des trails nord-américains et leurs rêves de 100miles, moi de mes courses en France. 

   C'est un état d'esprit différent qui règne. En Europe, on ne court pas plus de deux marathons dans l'année, et on arrive suréquipé sur les ultramarathons. Ici, on enchaine les 50miles à tour de bras, et prend le départ avec une paire de basket , une gourde à la main et un short, parfois même torse nu. Pour un américain, une course  comme celle-là, ça se passe dans la tête, et ce n'est pas la dernière paire de Salomon qui fera avancer les jambes toutes seules sur les derniers kilomètres. 

   Nous parvenons ainsi à la fin du sentier de 34km en 4h30'. Après avoir fait demi tour, les crampes, pas les miennes, pas encore, nous séparerons. Je progresse ainsi seul dans les forêts du New Hampshire, admirant parfois de splendides points de vue. Les paysages et le terrain rappellent parfois le massif central, parfois les Alpes, et souvent n'ont rien à voir avec tout ça, lorsque des lacs marécageux s'improvisent en plein milieu d'un bois de conifères. Le soleil tape lourdement et la roche renvoie sa chaleur. L'air est lourd. J'avance par petits objectifs : aller d'abord au prochain ravitaillement dans 15km. J'y serais dans deux heures, puis je penserais au suivant. Il vaut mieux éviter de trop se projeter dans le futur, et encore moins penser à la ligne d'arrivée, au nombre de kilomètres qui me sépare d'elle. 

   Le temps devient de plus en plus chaud, et je me surprend à rêver d'un seau d'eau pour me rafraichir. Depuis une vingtaine de kilomètres je m'alimente beaucoup de barres de céréales. C'est le kilomètre 50 et je suis tout de même bien physiquement. Un coureur me double. Il me dit qu'il prépare un 100miles -il en a déjà fait deux- et là c'est son entrainement. Je lui souhaite bonne chance, et préfère éviter de suivre son rythme. L'avantage de cette portion du parcours est que je rattrape beaucoup de coureurs du petit circuit. Ces coureurs sont partis à 9h de l'endroit où les 50 milers font demi tour, et tout le monde se retrouve sur la ligne d'arrivée. Je double ainsi les plus lents et leurs encouragements donnent de l'énergie. Mais à l'approche du 60ème kilomètre, ce ne sont plus les barres de céréales qui me font avancer, mais plutôt les encouragements venus de l'autre continent que je reçois sur mon portable. Il est bon de se sentir soutenu dans les moments de fatigue et de lutte intense. 

   Car je sens que j'entre dans un de ces moments là. Si je ne mange pas, je me sens faible. Les quelques orages ici et là ne suffisent même pas à rafraîchir l'air. Je fonctionne en flux tendu, c'est-à-dire que je consomme tout ce que je mange. J'ai puisé dans toutes mes réserves, stockées grâce à de copieux repas où se mêlent pain, pâtes et riz, depuis trois jours. Aussitôt que je mange une barre, elle passe dans le sang et est utilisée comme carburant. Si je suis à court de nourriture, je ne peux plus continuer. Heureusement, j'ai de quoi tenir un siège dans mon Camelbak.    J'atteins finalement la ligne d'arrivée au bout de dix heures d'effort. J'ai retrouvé de bonne jambes dans la descente. Mais je n'ai fait que 69km, reste encore la petite partie de 11km à faire. On m'annonce que si je m'arrête maintenant, je serais 3ème du 43miles. Si je continue, je serais 4ème du 50miles. Avec un moral gonflé à bloc, je reprend ma route. Mais elle devient un véritable chemin de croix. 

   Les marathoniens connaissent bien le mur des 30km, où l'organisme refuse en bloc tout effort de plus. Les coureurs de 100km parlaient d'un mur beaucoup plus intense au km 70 de leurs courses de 100km. Ce mur était devenu un mythe, une légende. Peu de gens ont la chance de pouvoir se vanter d'avoir connu le mur qui attend le marathonien au km 30. Encore moins ont vécu celui du 70ème km. Et celui-là, il est très haut. C'est une muraille. Je viens de me prendre en pleine face The Wall. 

   Lui n'a pas bougé d'une brique, mais moi je suis détruit. Nous faisons connaissance, et les présentations sont rudes. Je n'arrive plus à manger. Il faut dire que  la dénivellation a été très importante sur cette course, les 3700m+ d'ascension ont eu raison de moi. L'estomac ne veut rien entendre, peut être qu'il n'y a plus de sang pour l'irriguer suffisamment, que les jambes pompent tout. Dès que je mange quelque chose, j'ai des nausées. je n'arrive même plus à boire. Du coup, les premières crampes arrivent. Je m'étire régulièrement, je monte le volume de la musique et m'enferme dans une bulle. Je sais que ça va passer, un mur ne dure que sur une demi douzaine de kilomètres. Mais la plupart du temps je marche, d'autant plus qu'un mal de tête monte et s'intensifie. Ces 11 derniers kilomètres consistent en un aller retour à un ravitaillement situé à 5,5km de l'arrivée. Il me faut 1h30 pour faire ces 5,5km. 

   Au ravitaillement, tout en cachant ma fatigue, qui devient extrême après un nuit de trois heures et 11h30 de course, je me demande comment expliquer à mes jambes qu'il reste encore 5,5km à faire. Alors que je comptais leur annoncer la mauvaise nouvelle, j'aperçois deux coureurs qui me rejoignent. Pendant que je marchais tout en me plaignant sur mon sort, d'autres avaient trouvé l'énergie de me rejoindre. J'enfile mon Camelbak et repars aussi sec. Je me dis que plus je courrai vite, plus la souffrance sera courte. Je ne marche plus du tout et cours même dans les montées les plus dures. Je me retourne sans cesse et devine à une centaine de mètres mon poursuivant. Et, aussi rapidement qu'il était venu, le passage à vide disparait. 

   J'avance à nouveau à une formidable allure. J'en viens à me demander si je ne suis pas mort, si je n'ai pas atteint le point de non retour, si je ne me suis pas noyé dans ma propre folie. Heureusement de nombreuses crampes me rappellent les douces sensations de la chair vivante. Elles me prennent de partout, dans les mollets, les quadriceps, les ischio-jambiers, même dans les orteils. Pendant que je fais l'inventaire des différents muscles constituant les membres inférieurs du corps humain, je constate que j'ai enfin semé mon poursuivant. J'attaque alors la dernière descente et hume à plein nez l'odeur de la ligne d'arrivée. Il ne m'a fallut que 30 minutes pour faire ces 5,5km, trois fois moins de temps que pendant mon mur. Je profite du moment, car des comme celui-ci, j'en ai vécu très peu, et aujourd'hui je n'ai jamais autant souffert pour y parvenir, à ce moment. Depuis des mois je m'imagine franchissant la ligne d'arrivée. A cet instant précis, je l'aperçois enfin. C'est l'aboutissement de beaucoup de choses, de beaucoup d'entrainements, et puis d'un rêve, celui d'un jeune très motivé et un peu fou qui voulait aller courir un 50miles aux Etats Unis. Je déguste chaque seconde, chaque pas qui me rapproche de cette ligne. Je voudrais que ces derniers mètres soient un peu plus grands, comme l'enfant qui veut que le film dure un peu plus longtemps au cinéma. Le film va finir et le rideau se fermer. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. Il existe des moments que l'on ne décrit pas. On les vit. 

    I did it.

 

La vedette du mois

Mai 2012
JOHANNE DAGUERRE

Biographie sportive d’une sédentaire de 46 ans!Johanne Daguerre, Descente royale

J’ai envie de partager avec vos lecteurs « MA » tranche de vie, celle qui m’a apporter santé et bien-être, autant physique que psychologique.  Et si cette tranche de vie inspire, ne serais-ce qu’une seule personne alors j’en serai très heureuse.  En espérant que vous trouviez approprié de la publier évidemment! :o)

Voici mon histoire …… en gros!
Octobre 2009, je viens d'avoir 46 ans. Mon médecin m'annonce que je suis "borderline" pour le diabète. Avec 120 livres en trop, hypertension artérielle, cholestérolémie et hypo-thyroïdie, disons que je n'en mène vraiment pas large. Je dois absolument faire quelque chose.

Janvier 2010, moi et mes 268 livres, entrons dans le gym du Cégep Lévis-Lauzon. La peur au ventre, je me demande vraiment ce que je fais là. Quelle surprise! J'ai été prise en charge par un de leurs entraineurs. Il m'a assise sur un vélo stationnaire. Au bout de 3 minutes j'avais de grosses larmes car j'avais extrêmement mal aux genoux. Mais il m'a encouragée à rester sur le vélo et à ne pas lâcher. J'ai fait 10 minutes.

Août 2010, je fais le 5 KM de la santé dans le cadre du marathon des deux-rives. Ma toute première expérience. Je l'ai pratiquement marché au complet, j'ai couru environ 4 fois 1 minute en 1 heure. À ce moment-là j'ai encore 80 livres de trop.
Ma médaille en main, c'est rempli de fierté que je retourne au gym du Cégep en septembre 2010. La piqure du marathon aidant, je commence à faire du tapis roulant. J'ai le vent dans les voiles et dès que les billets sont disponibles, je m'inscris sur la liste d'attente pour l'achat de mon billet de saison du marathon des deux-rives. En mars 2011, je reçois mon billet par la poste. Je jubile tellement je suis heureuse.
Par la suite, j’ai entendu que la natation était l’exercice par excellence pour les personnes obèses. Donc en mars 2011, je m'inscris au club Triaction de Lévis. Je sais nager (patauger disons) mais je n'ai vraiment aucune technique. Je ne sais pas comment respirer et je ne fais qu'une demi-longueur de piscine. Avec le soutien et les encouragements des membres du club, et l'aide très précieuse de leur entraineur, deux mois plus tard, je peux nager jusqu'à 200 mètres sans arrêt! J’ai également commencé à faire du vélo.


Voici mon cheminement de course de l’été 2011.

  • Mai 2011, je fais le 10 km du Demi-marathon internationnel (au Maizerets) en 1h38.
  • Juin 2011, je fais le 10 km de la Descente Royale en 1h26.
  • Juin 2011, je commence à suivre des cours de patins à roues alignées.  (J’ai un léger accident que je ne soigne pas et que je paierai en octobre après le défi du Tour du lac Beauport)
  • Juin 2011, je fais le 11 KM du Défi des escaliers (incluant monter et descendre 1300) en 2h17.
  • Juillet 2011, je fais le 10 km de la Course du grand Lévis en 1h28.
  • Août 2011, je fais le 8 km à relais de la Course des Étoiles SSQ de Lévis avec une amie (chacune 2 X 2 km.)
  • Août 2011, je fais le 10 km du Marathon des 2 rives en 1h32.
  • Octobre 2011, je fais le 12 km du Défi du Tour du lac Beauport (première fois dans des côtes et blessure au 8e km mais je persévère et je le termine) en 1h49. 

J’en suis à une perte de poids de 60 livres!  Et quel bonheur, on ne parle plus du tout de diabète et ma tension artérielle est très bien contrôlée.  Mon médecin est très fier de moi! 

Après 3 mois de convalescence, (mon accident de patin non soigné, j’ai le coccyx déplacé ainsi qu’une déviation du bassin) j’ai repris l’entrainement depuis janvier dernier.  J’ai malheureusement repris un peu de poids mais pas grave.  Je me suis reprise en main et me voilà à nouveau avec le vent dans les voiles.

Mon billet de saison pour le marathon des deux-rives en main, je me suis inscrite à tous les 10 km de la saison, le défi des escaliers est un 13 km cette année et pour le Marathon des deux-rives je ferai le 21 km. ( traverser le pont de Québec à pied sera une première pour moi) J’ajoute également le 10 km du Défi des dames de cœur en juillet!

Je persévère même si parfois ça me parait difficile, car mon but, ce qui ferait ma fierté et mon plus grand bonheur serait de réussir à faire mon tout premier 42 km le jour même de mes 50 ans, soit le 20 octobre 2013, au marathon de Niagara Falls.
Il n’est jamais trop tard pour se prendre en main et pour se faire du bien.  Alors GO GO GO !  ;o)
 

 La vedette du mois 

Avril 2012
MARIE-HÉLÈNE MARCHAND

La plupart d'entre vous savez que je suis atteinte de la sclérose en plaques (diagnostiquée en janvier 2006). J'ai la chance d'être en forme et j'ai décidé de tout faire pour le rester. La venue d'Enzo, mon chien, en avril 2010 a provoqué une motivation de plus pour garder la forme. Également, il m'a permis de rencontrer une super de belle gang du nom de Canisportifs. Une sincère amitié s'est créée dès les premiers instants.

Un matin de l'été 2011, j'ai fait parvenir un courriel à tous en leur exprimant mon désir de participer à un demi-marathon...à ma grande surprise, tous, ou presque se sont joints à moi. À ce moment, j'ai contacté la SP Montréal car je voulais faire d'une pierre deux coups, encourager l'exercice physique tout en amassant des fonds pour la cause. Voilà que le 29 avril 2012, nous allons participer au défi de la Banque Scotia 21 km de Montréal, tout en amassant des fonds pour la Société canadienne de la sclérose en plaques.

Au Québec de 13 000 à 18 000 personnes sont aux prises avec cette maladie du système nerveux central qui touche trois fois plus de femmes que d’hommes. C’est donc dans le but d’amasser des fonds pour venir en aide aux personnes atteintes de la SP et également pour encourager l’activité physique et le dépassement de soi que la Société de la SP forme une équipe à la Course Banque Scotia


Marie-Hélène Marchand & Enzo

 
Messages d’encouragement

Belle source de persévérance ! Tendre Marie-Hélène.
BRAVO ! à Toi
- Johanne

Marie-Hélène est une jeune femme qui cherche et qui cherche aussi à se dépasser. Elle a fait résonner en notre groupe de coureurs attelés à nos chiens le goût de se dépasser avec elle et pour une fois sans nos chiens: courir pour une cause qui nous tient à coeur, courir aux côtés de Marie-Hélène pour nous dépasser ensemble, nous Canisportifs, nous Canisportifs unis
- Sandra

Marie-Hélène est un modèle de courage et de persévérance. Elle dégage une joie de vivre contagieuse! Elle réalisera un grand rêve très bientôt: courir 21 km !! Je suis de tout cœur avec elle! Continue Marie, tu es un modèle pour moi!
- Patricia

Jamais de ma vie je n’aurais imaginé m’inscrire à un demi-marathon. C’est Marie-Hélène qui a lancé l’idée, j’ai pris plus de 1 mois pour y penser. Je pense souvent à elle...  durant mes entraînements;   quand j’ai mal aux jambes le lendemain d’une longue course;   quand avec fierté j’annonce à des gens que je ferai un demi-marathon sous peu;   quand, fidèle à mon entraînement, je me retrouve à courir dans une tempête de neige... Mais non seulement je suis excitée à l’idée de faire cette course dans un mois, mais présentement, je n’ai été aussi en forme, c’est génial! C’est grâce à elle, merci Marie!!
- Julie

Quand Marie-Hélène a soulevée l'idée de faire un demi-marathon j'ai tout de suite compris que Marie n'était pas du genre à abandonner ce qui fait d’elle une grande personne. Malgré la maladie, malgré la douleur durant les moments un peu plus difficile, Marie vient courir avec nous aux écluses, dans la neige, dans les différents sentiers et elle le fait, sans se plaindre et surtout, surtout, avec le sourire. Marie-Hélène est une source d'inspiration et de courage. Elle n'abandonne pas, elle n'abandonne jamais. C'est la raison pour laquelle je la supporte dans ses plans en courant à ses côtés. Bravo belle Marie!!!
- Annie D.

Pour moi, Marie-Hélène représente tout simplement "positivisme", son sourire, sa simplicité sa façon de voir la vie même avec des situations qui sont parfois difficiles, on ne peut que prendre exemple sur elle. Merci Marie-Hélène de rependre cette belle énergie dans notre équipe ça nous amène à être plus fort.
- Annie B.

Marie-Hélène tu es une source d'inspiration pour ta détermination et ton enthousiasme.
- Guylaine

Voici ce que Marie-Hélène m’inspire :
La première fois qu’on rencontre Marie-Hélène, on lui trouve un je ne sais quoi qui donne le goût de la connaitre.
La deuxième fois, on se dit qu’elle est vraiment sympa et est une si belle personne.
La troisième fois, on se dit wow ! Elle est éblouissante.
Toutes les autres fois, on porte des lunettes de soleil parce qu’elle ne finit jamais de nous éblouir.
- Cécile

On me dit le mot sourire et toute suite je vois Marie-Hélène. On me parle de détermination? C'est encore à Marie-Hélène que je pense! C'est pour ces raisons, entre autres, qu'il me fera plaisir de courir avec elle et l'encourager pour son premier demi-marathon!
- Véronique