Les effets de l’alcool

Fêter un bon résultat avec de l’alcool ? Pas sûr. La modération a bien meilleur goût même en courant.

L’éthanol – le nom scientifique de l’alcool – n’est pas un nutriment à proprement parler. Bien qu’il fournisse des calories (et beaucoup à part ça : 7 kcal/g, soit presque le double du sucre à 4 kcal/g) et qu’il soit issu des glucides (on produit le vin à partir de la fermentation des sucres du raisin, le cidre à partir de celle des sucres de la pomme, et la bière à partir de celle des sucres de l’orge), il faut plutôt le considérer comme un produit toxique dont l’organisme doit se débarrasser.

Effectivement, l’éthanol ne joue aucun rôle dans le corps humain, si ce n’est celui de dépresseur du système nerveux. En d’autres termes, la consommation de boissons alcoolisées diminue la vigilance et fausse le jugement. Par ailleurs, pris en excès, l’alcool inhibe le métabolisme de plusieurs vitamines impliquées dans la production d’énergie et il entraîne des altérations dans le métabolisme du glycogène et son stockage. L’alcool n’est pas un nutriment essentiel, mais plutôt une substance toxique. L’organisme humain a une capacité limitée à l’éliminer ou à en neutraliser les effets nocifs.

Cela dit, il ne faudrait pas entrer en religion pour autant et s’interdire la moindre goutte d’alcool ! Une consommation modérée, équivalente à un verre par jour, est la limite recommandée aux hommes, alors que pour les femmes, on vise plutôt à ne pas dépasser une demi-consommation au quotidien.

Évitez cependant l’alcool au repas qui précède l’entraînement ou la compétition : ses effets sur le système nerveux augmentent le risque de blessures, sans compter que l’alcool est un puissant diurétique. En effet, l’éthanol ralentit la production de l’hormone antidiurétique (ADH) qui, comme son nom l’indique, permet de retenir l’eau. Or, quand on ne sécrète plus suffisamment d’ADH, le volume urinaire peut dépasser celui de la consommation alcoolisée bue. Plus la concentration en alcool est élevée, plus cet effet sera marqué.

En outre, consommer de l’alcool fatigue le foie inutilement, car celui-ci doit transformer l’éthanol – toxique – en une substance inoffensive pour l’organisme. Ce faisant, il ne peut pas être efficace à fournir du glucose à partir de son glycogène ou même par la néoglucogenèse (synthèse du glucose à partir de protéines ou d’autres substances non glucidiques).

Après un gros entraînement ou une compétition, prendre un petit coup pour fêter ça n’est pas un bon plan. Tout d’abord, l’alcool obscurcit le jugement, ce qui fait que les stratégies de récupération chèrement acquises – une alimentation riche en glucides, une hydratation à 150 % du poids perdu, du sodium, du repos et des soins appropriés aux blessures, s’il y a lieu – risquent de partir en fumée devant votre volonté qui s’effrite. Commencez donc par fêter ce succès avec des jus, des smoothies, des boissons pour sportifs, des laits frappés, de l’eau, et le reste viendra plus tard… si nécessaire !

Par ailleurs, l’éthanol aurait une répercussion directe sur l’hydratation post-effort : à volumes équivalents, les boissons alcoolisées à 4 % ou plus ne sont pas aussi bien retenues par l’organisme (40 % de rétention par rapport à 59 % pour les boissons non alcoolisées), ce qui retarderait la récupération. De plus, une étude (Burke, 2003) a démontré qu’une importante consommation d’éthanol post-effort (plus de 120 g, ou environ 8 consommations) diminue la synthèse de glycogène lorsque l’alcool remplace les calories glucidiques (synthèse mesurée une première fois après 8 heures, et une autre fois après 24 heures).

Finalement, l’éthanol a des effets dilatateurs sur les vaisseaux sanguins cutanés. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’on a une sensation de chaleur quand on boit de l’alcool (ne dit-on pas « être chaud » ?). Cette vasodilatation compromettrait la récupération des blessures puisqu’elle entraîne de l’enflure autour des tissus endommagés. Or, le traitement préconisé pour soigner les dommages musculaires et les blessures occasionnées aux tissus mous est exactement à l’opposé : de la glace afin d’entraîner une vasoconstriction ! Boire de l’alcool perturberait donc le processus de réparation tissulaire. En somme, non seulement l’alcool ne joue aucun rôle dans la récupération, mais il nuit à bien des égards.

Natalie Lacombe est nutritionniste et coauteure du livre Le Guide d’entrainement et de nutrition, publié par KMag.