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Moi, besoin d’un coach ?

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De par sa grande complexité, le triathlon est un sport où il est facile de se perdre et d’avoir la sensation de plafonner. Et s’il était temps de cogner à la porte d’un entraineur personnel ? Réflexion.

Un coach ? Très peu pour moi ! Je suis mon propre entraineur, ce qui signifie que mes performances sportives m’appartiennent en propre. J’en tire une immense et sincère fierté depuis plus de quinze ans – cinq en ce qui a trait à la pratique du triathlon. Force est toutefois de constater que l’approche self-made-man a peut-être fait son temps. C’est que mes records personnels commencent à dater. Aussi, je cumule bobos, blessures et autres revers de fortune, et je n’ai jamais l’impression d’exprimer mon plein potentiel en compétition (lorsqu’il y en a). Surtout, je tends à répéter le même programme saison après saison – par automatisme, mais aussi un peu par paresse. En un mot comme en mille : je stagne.

Le constat est sévère. Remarquez, je ne suis pas le seul à le dresser. Dans un article publié en 2019 sur le site de Triathlon Magazine Canada, le triathlète professionnel québécois Antoine Jolicoeur Desroches confie que s’entrainer par lui-même lui a peu réussi par le passé. « J’ai vite réalisé que j’avais besoin d’un entraineur pour m’encadrer », écrit-il avant d’énumérer tous les pièges dans lesquels il avait tendance à tomber. Parmi eux : fétichiser les longs efforts en endurance plutôt que les courts et intenses, s’entrainer lorsqu’on est malade, blessé ou trop fatigué, ou encore planifier ses séances à la petite semaine, sans vision à long terme. Vous vous reconnaissez ? Moi, si.

Le spécialiste de la longue distance et abonné aux podiums Lionel Sanders y allait d’une pareille révélation au début de la saison. Dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube, le triathlète canadien raconte comment l’absence de supervision l’a maintes fois mené à prendre de mauvais plis qui ont nui à sa progression. Il donne l’exemple de l’intensité relative de ses longues sorties à vélo : lorsque guidé par sa spontanéité, il pousse trop fort sur les pédales, ce qui l’empêche d’effectuer des intervalles payants à la course à pied ensuite et de nager efficacement le lendemain. C’est pourquoi Lionel Sanders s’adjoint l’aide d’entraineurs, plusieurs dans son cas : pour le ramener sur la bonne voie et l’y garder.

La recherche d’un « vrai » pro

Admettre qu’on a besoin d’un regard extérieur est une chose. En trouver un compétent en est une autre. À l’ère des prétendus experts, ce n’est pas une mince tâche. Sous prétexte d’honnêtes performances sportives ou d’une formation de coaching étalée sur deux fins de semaine, nombreux sont ceux qui s’autoproclament entraineurs personnels. On les reconnaît à leur discours empreint de conviction, d’assurance et, souvent, de charisme. C’est qu’ils savent vendre du rêve à leurs protégés. « Un Ironman ? Dans moins d’un an ? Sans réel bagage en triathlon ? Pas de problème ! » Le pire, c’est qu’ils sont la plupart du temps pleins de bonne foi, ce qui les rend d’autant plus dangereux.

À titre de kinésiologue de formation, je suis hypersensible à ces questions. Et pour cause : confierais-je ma santé buccodentaire à quelqu’un qui se brosse les dents tous les jours ? Non, pas plus que de manger trois repas par jour ne fait de moi un nutritionniste. C’est pourtant sur des postulats analogues que s’appuient ces non-spécialistes. Un avis que partage François Lecot, coordonnateur académique et administratif à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal et collaborateur régulier à KMag. « Il importe de faire la distinction entre un animateur, un instructeur, un entraineur et un kinésiologue. Chacun a ses caractéristiques spécifiques », dit-il en entrevue.

Dans le contexte du triathlon, un animateur peut être un précieux allié lors de séances clés, comme des « bricks » (enchaînements) ou des intervalles à haute intensité, mais ce motivateur ne possède pas le bagage de compétences nécessaire pour en doser le contenu (volume, intensité, densité). L’instructeur excelle quant à lui dans l’application de recettes prédéterminées, qu’il connaît sur le bout de ses doigts ; plus militaire, il n’est cependant pas formé pour appréhender le contexte général, le « pourquoi » du « comment ». L’art et la science de l’entrainement, c’est respectivement l’entraineur et le kinésiologue qui les possèdent. Rares sont ceux qui excellent sur les deux plans à la fois.

« Un bon entraineur est parfois un vieux de la vieille dont la riche expérience est un facteur distinctif, indique François Lecot. Il a un recul historique qui lui permet d’évaluer que la saveur du jour en matière d’entrainement n’est pas nécessairement meilleure par rapport à ce qu’on faisait il y a dix, vingt ou trente ans. » Le kinésiologue est pour sa part le professionnel de la santé expert du mouvement humain qui utilise l’activité physique et motrice à des fins de prévention, de traitement et de performance. Formé sur les bancs d’une université, il sait mieux que quiconque intervenir avec des populations symptomatiques… ou aux besoins particuliers, comme les triathlètes.

« Les pratiquants de ce sport veulent souvent être les meilleurs nageurs, cyclistes et coureurs. Pourtant, le triathlon est un sport complet obéissant à sa propre logique : on doit nager, pédaler et courir comme un triathlète, ce qui constitue une subtilité importante », explique celui qui est à la fois un kinésiologue accrédité par la Fédération des kinésiologues du Québec et un entraineur certifié par le Programme national de certification des entraineurs (PNCE). Ces affiliations reconnues sont d’ailleurs des gages de qualité à rechercher dès le début du magasinage d’un coach personnel. « Pour se les voir délivrer, il faut s’engager à respecter un code de déontologie, qui a notamment pour fonction de protéger le public », souligne François Lecot.

Comme une relation de couple

La quête du bon coach ne s’arrête pas là. Comme dans toute relation de couple, il y a une question de chimie entre l’entraineur et l’entrainé. Parfois, ça clique ; d’autres fois, non, sans aucune logique apparente. Dans tous les cas, il est primordial d’être sur la même longueur d’onde quant à la dynamique de ce partenariat, intense par définition. C’est que vous laissez pénétrer un inconnu dans votre vie privée, une bulle dont il s’arroge (un peu) le contrôle dans votre intérêt supérieur… mais pas toujours dans celui de vos proches, de vos amis, voire de votre employeur. « Ce n’est pas pour rien que plusieurs triathlètes s’entrainent par leurs propres moyens. Le coaching privé ne convient pas à tous », affirme Francis Bachand, entraineur-chef du club Capitale Triathlon, à Québec.

Et s’il existait un compromis entre le plan d’entrainement générique mais clé en main et la prise en charge serrée par un pro ? C’est le désir d’offrir cet entre-deux qui a mené Francis Bachand à élaborer le Plan Bloc. Le concept : un plan individuel de 20 à 40 semaines basé sur un objectif précis (courte distance, 70.3, 140.6…), précédé d’une fenêtre de tests physiologiques en vélo et course à pied (puissances critiques, VAM, indice d’endurance…), et modifiable en cours de route au besoin. Depuis son lancement il y a quatre ans, cette formule a été adoptée par « des centaines de triathlètes », mentionne Francis Bachand. Le succès est tel qu’une équipe T-Bloc, avec ses couleurs et sa culture spécifiques, a été mise sur pied afin de favoriser l’émergence d’un certain sentiment d’appartenance.

Une autre avenue

Vous pouvez aussi rejoindre un club. Les pour : en plus de bénéficier d’un encadrement technique, de telles structures sont parfaites pour se garder motivé et engagé dans le sport. Les objectifs vont au-delà de la performance ; on y grandit comme individu, grâce à la force du groupe auquel on finit par appartenir. Les contre : les plans d’entrainement proposés sont souvent peu personnalisés et leur qualité est proportionnelle à celle de l’entraineur-chef. On n’y échappe pas. Sur son site web, Triathlon Québec publie un répertoire à jour des clubs et d’entraineurs qualifiés. Pour y figurer, ces derniers doivent notamment détenir un numéro du PNCE et avoir suivi une formation d’entraineur ou posséder un diplôme universitaire en science de l’activité physique. Aspect non négligeable : une certification récente de secourisme général est également requise.

Cette recherche d’un meilleur des mondes possibles me rejoint tout particulièrement. Au final, je nage, pédale et cours certes pour la performance, mais surtout parce que ça me nourrit en tant qu’être humain. Devant ce gouffre de mélancolie qui me menace sans cesse, l’entrainement est mon parapet, mon garde-fou. Tant que je « triathlonne », je suis en équilibre, plus épanoui et en joie que jamais. Dans le fond, c’est peut-être ce qui m’empêche comme tant d’autres de faire appel aux services d’un entraineur personnel : cette peur de tout foutre en l’air, d’enrayer la machine subtile du plaisir. « Quand ça devient trop sérieux, ’scuse, il y a un problème ! relativise François Lecot. Tu ne te bats pas pour une place aux Jeux olympiques. »

 

Maxime Bilodeau est journaliste et kinésiologue de formation.