Boucler la boucle d’un marathon de nuit

  • Simon Diotte

Presque la totalité des événements de course sur route se déroule en matinée afin d’échapper à la chaleur de la journée. Mais voilà que le Marathon Sherbrooke Nightlight innove avec une formule inusitée: un marathon en soirée sur un circuit en boucle éclairée de 3,5 km. Notre collaborateur Simon Diotte a testé le concept en courant le 21,1 km. Il a adoré, beaucoup plus qu’il ne le pensait au départ. Voici le récit de son expérience.

Pendant l’été, il fait trop chaud pour courir de longues distances dès que le soleil se pointe dans le ciel. Résultat : les épreuves de marathon disparaissent presque totalement du calendrier québécois en juillet et août. Ce qui est tout à faire logique si on ne veut pas battre des records de coups de chaleur.

C’est là qu’intervient Félix Guèvremont, kinésiologue, massothérapeute et organisateur hyperactif d’événements sportifs (Marathon du Mont-Mégantic, Ultra-Tail du Mont-Gosford, Trail du Mont-Ham, Demi-Marathon de l’Ouest de l’île de Montréal, etc.). Il a pensé à une formule unique pour combler un besoin de longue distance en plein été : un marathon nocturne sur un circuit en boucle, le Marathon Sherbrooke Nightlight, dont c’était la 2e édition en 2025. Son itinéraire : une boucle autour du lac des Nations, en plein cœur de Sherbrooke, sur une piste cyclable asphaltée. Pas besoin de lampe frontale : le trajet est éclairé par des lampadaires municipaux.

Tourner en rond pour le plaisir

Au début, la perspective de courir en boucle me semblait un passeport direct vers un ennui incommensurable. J’étais inscrit au demi-marathon, ce qui impliquait de compléter la boucle à 6 reprises (12 tours pour le marathon). Mon Dieu, bonjour la lassitude! Or, c’est tout le contraire qui s’est produit : je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Les avantages d’un parcours en boucle sont énormes.

Premièrement, il y avait quatre postes de ravitaillement sur 3,5 km. Quatre! Dès que mon gosier commençait à s’assécher comme l’Ouest canadien, un ravito apparaissait comme par magie. En plus, on repère l’emplacement des ravitos dès le premier tour. On se prépare donc en conséquence à chaque passage.

Deuxièmement, chaque fois qu’on passait l’arche gonflable du départ et de l’arrivée, une foule de supporteurs nous acclamait comme des héros du samedi soir, ce que nous étions en quelque sorte. La présentatrice Anne-Lise Nadeau soulignait mon passage au micro. Je venais comme de marquer un but au Forum. Pour un instant, j’étais Guy Lafleur!

Troisièmement, en se tapant le même parcours, on le connait par cœur et on adapte sa stratégie en conséquence. Je savais quand ralentir pour économiser mes forces ou quand accélérer afin de profiter d’une pente. À chaque passage, je tentais -vainement- de franchir la boucle plus rapidement que la précédente. Je souhaitais une montée en puissance en vue de réaliser le meilleur split négatif de mon histoire de coureur (depuis 2019). J’ai cependant pêché par enthousiasme en descendant à deux reprises la grande côte du départ comme Road Runner Bip Bip, faisant ressurgir mon plus sérieux handicap aux podiums (!) : la crampe sur le côté de l’abdomen. J’en ai payé le prix, une nouvelle leçon apprise.

Quatrièmement, la boucle du lac des Nations est un superbe parcours de compétition. On traverse des ponts piétonniers, on plonge dans un tunnel végétal et on profite de vues dégagées sur l’eau sur une bonne portion du kilométrage. C’est bien mieux que des marathons urbains qui passent par des rues anonymes ou des quartiers industriels. Bref, je suis maintenant vendu aux belles boucles!

Des ombres au tableau

Rien n’est cependant parfait. Certains passages, qui auraient dû être illuminés par les lampadaires municipaux, ne l’étaient pas de façon inexplicable. Résultat : les athlètes plongeaient dans la noirceur presque totale sur de très petites portions, ce qui nous forçait à ralentir la cadence par prudence. Avis à la Ville de Sherbrooke : actionnez tous les interrupteurs de vos lampadaires!

Le trajet reste également ouvert aux autres utilisateurs pendant l’événement. Résultat : il fallait parfois slalomer entre les marcheurs et esquiver les cyclistes à vélo électrique qui roulaient à bride abattue. Tous les coureurs et coureurs ont également dû composer avec l’énergumène qui faisait du patin à roues alignées à reculons en prenant un malin plaisir à nous frôler. Conclusion : la faune urbaine sherbrookoise rivalise avec celle de Montréal! Mais rien pour gâcher mon plaisir de courir à Sherbrooke.

Le 42 km est une épreuve qualificative pour le Marathon de Boston et le Marathon de New York. Les profits de l’événement sont versés au Fonds des millepattes qui soutient les enfants atteints de maladies rares. La boucle comporte un dénivelé de 25 m. La 2e édition a attiré 300 coureurs et coureuses noctambules.

La 3e édition se tiendra le 1er août 2026. À mettre à votre agenda. Détails ici.