Le canicross, un outil pour mieux performer

  • Marie Parent Photographie

Courir avec son chien n’est pas seulement une bonne façon de le fatiguer sans lancer la baballe, c’est également une méthode d’entrainement qui permet de progresser à la course même quand on court sans lui. De nos jours, on ne joue plus avec son chien, on court avec lui. Wouaf !

Physiothérapeute, Marie-Ève Pelland a accompli son premier 160 km au Québec Mega Trail en juillet 2023, après une première tentative infructueuse en 2022. Le mérite de cet exploit réalisé en 30 h 43, elle le partage avec Roméo, son compagnon préféré de course. « Je lui dois une fière chandelle dans la réalisation de tous mes objectifs de course », assure cette ultra-traileuse de 34 ans qui court depuis une quinzaine d’années.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Roméo n’est pas le nom ou le surnom de son amoureux, mais plutôt celui de son mignon compagnon à quatre pattes, qui partage sa vie depuis 2021. Celui-ci est un eurohound, race issue du croisement entre un husky alaskain (un chien de traîneau) et un pointer (un chien de chasse), et fort populaire dans la communauté des coureurs en Europe, car c’est une parfaite bête de course. Âgé de 4 ans, Roméo n’a pas à se faire prier pour disparaître à vive allure dans les sentiers… même s’il n’y a pas de lapin à pourchasser !

Selon Marie-Ève Pelland, l’enthousiasme débordant de son chien constitue un premier atout dans son entrainement. « Quand ça ne me tente pas de m’entrainer, je dois quand même sortir pour répondre aux besoins de bouger de mon chien », raconte la cofondatrice de Tout.Trail, un site de coaching personnalisé et producteur de balados. Du volume d’entrainement se gagne ainsi, à coups de griffes. Une chouette manière de vaincre la tentation du sofa.

Or le véritable bénéfice de ce partenaire d’entrainement est sa vitesse. Une ou deux fois par semaine, Marie-Ève Pelland court en se faisant tracter par son Roméo. Le chien tire sur son harnais attaché par une longe au baudrier de sa maîtresse, effectuant une partie du travail de déplacement. « Avec Roméo, j’atteins une vitesse moyenne de 3 min 30 s/km, ce qui est nettement supérieur à ma vitesse moyenne, même lorsque je fais mes intervalles. Cette survitesse exige une adaptation mécanique de mon corps », précise-t-elle.

Il en résulte un entrainement qui habitue le corps à encaisser une charge intense – excellente façon d’améliorer l’endurance. « Plus on cogne fort sur le corps, plus le corps sera capable de prendre de la charge, et cela constitue une bonne préparation pour les longues épreuves comme les marathons et les ultramarathons », indique la physiothérapeute et mère de famille.

N’est-ce pas le même principe qui s’applique aux intervalles avec « pas de chien » ? « Oui, mais Roméo donne la possibilité d’effectuer des intervalles intenses sans subir la fatigue des intervalles traditionnels. Car le chien diminue mon effort cardiovasculaire », soutient-elle. Les entrainements avec chien, note notre adepte, développent aussi les jambes à leur maximum : « Depuis que je cours avec mon chien, soit depuis trois ans, je sens que mes jambes possèdent beaucoup plus de vitesse et de puissance. C’est plutôt le cardio qui constitue maintenant ma limite. »

Anticipation

Marie-Ève Pelland n’est pas la seule coureuse à louer les mérites de la course en tandem avec chien-chien. Geneviève Baril, fondatrice de Sirius Sport Canins, entreprise ayant pignon sur rue à Bromont qui propose des formations en sports attelés (canicross, vélo attelé et ski attelé), vante également l’adaptation mécanique qu’apporte la course avec un chien motivé : « Le corps apprend à courir plus vite. Il repousse le seuil de sa limite. »

L’autre avantage de la course attelée à toute vitesse est l’apprentissage de l’anticipation. « Lorsqu’on court avec un chien, on apprend à lire le terrain extrêmement rapidement. On doit anticiper où on va mettre les pieds », explique la coureuse qui fait partie de l’équipe Salomon et qui a pris part à son premier marathon en 2009. C’est cette compétence, développée en compagnie de ses amis canins, qui l’a propulsée sur la plus haute marche du podium au 10 km du Québec Mega Trail en 2023 : « Cette course tout en descentes débute au sommet du mont Sainte-Anne avant de dévaler 705 m de dénivelé. Ma rapidité de lecture du sentier m’a sûrement donné un coup de pouce. » Avec une race performante, la course attelée devient presque un sport extrême, les vitesses allant de 20 à 25 km/h.

Les six chiens de cette passionnée de course de 43 ans confèrent un autre avantage : la sécurité. « En trail, je me sens plus en confiance avec un chien qu’en solo. Le chien m’apporte une certaine sécurité, par exemple si je croise un ours », dit-elle. Il y a aussi la motivation à enchaîner les kilomètres juste pour satisfaire la soif de bouger des chiens. « C’est sûr que sans mes compagnons à quatre pattes, je ne ferais pas le même volume d’entrainement hebdomadaire », affirme cette fervente de canicross qui participe régulièrement à des courses européennes. Elle partira d’ailleurs en Italie en octobre à des Championnats du monde de canicross.

Attention aux blessures

Courir avec pitou procure bonheur, vitesse et volume. Ce n’est toutefois pas complètement sans risque. L’abus de canicross peut générer des problèmes. Le danger est que toute la force du chien se transmet au baudrier ceinturant la taille des humains. Cette poussée au niveau du dos change la technique de course. Une étude réalisée par Sylvain Dinety, de l’Université de Poitiers, en France, constate que les coureurs en canicross « ont tendance à adopter une foulée plus aérienne comportant une réduction du temps de contact au sol, une augmentation de l’oscillation verticale, un allongement de la foulée et, globalement, une diminution de leur duty factor*. Cependant, la course en canicross ne semble pas avoir d’effet important sur leur cadence de course, qui reste globalement stable. »

« Courir à grande vitesse présente un risque accru de blessure », prévient Marie-Ève Pelland. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’athlète de Stoneham-et-Tewkesbury ne court pas plus de deux fois par semaine tractée par son Roméo. « Je possède deux harnais : un pour la course attelée et un pour les sorties où le chien m’accompagne sans tirer », détaille-t-elle. La variété représente un atout pour la coureuse, de même que pour toutou, qui doit lui aussi éviter les blessures de surutilisation. Lui non plus n’est pas invincible.
Ironiquement, on doit s’entrainer pour être capable de suivre son chien. « Il faut une bonne préparation, sinon, les risques de blessures chez l’humain augmentent en survitesse », avertit Joanie Poulin-Breton, 36 ans, une adepte de canicross qui a fondé Pattes actives, une entreprise visant à faire bouger les humains et leurs pitous dans la région de Montréal. L’entrainement sans baudrier permet également de réaliser des objectifs de course par temps chaud, alors que les chiens sont forcés au repos. Ceux-ci sont généralement libérés des harnais durant tout l’été, ou dès que le mercure dépasse les 15 °C.

La beauté des sports canins est qu’ils se pratiquent avec n’importe quelle race de chien. « Un petit chien tirera moins fort, mais le sentiment de communion avec son partenaire canin sera le même », estime Geneviève Baril. Caniche, teckel, labrador, border collie, chien d’eau, lâchez la balle et venez courir avec nous !