Présenté par La Course de l'Armée du Canada
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La Course de l’Armée du Canada

Vous voulez relever un défi tout en faisant une différence pour la communauté militaire canadienne? Ne cherchez pas plus loin, inscrivez-vous à la Course de l’Armée du Canada de 2024, présentée par BMO.

Mon premier Ironman

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De multiples pièges guettent les prétendants au titre d’homme ou de femme de fer dans leur quête pour terminer le fameux triathlon de longue distance.

« Félicitations ! Vous êtes maintenant inscrit à votre premier Ironman », officialise le courriel reçu quelques instants après avoir délesté votre portefeuille de 850 $. La décision a beau être réfléchie, un vertige vous saisit néanmoins : mais quelle folie ! Il n’y a pas d’autres manières de qualifier ce triathlon de (très) longue distance, qui consiste à enchaîner 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied. Afin d’y parvenir, vous devrez vous entrainer comme jamais. « Une vraie job à temps partiel », badinent les vétérans. Ce dont ils ne se vantent pas, mais que vous découvrirez bien assez vite, c’est que ce « loisir » prend vraiment beaucoup, beaucoup de place…

« L’engagement déborde les 10 à 20 heures par semaine que la plupart des amateurs peuvent allouer à l’entrainement dans les mois précédant la compétition », met en garde Pierre Svartman, propriétaire du Club Orange. Boulot (celui à temps plein), amitiés, famille, couple, tâches domestiques : tous les autres pans du quotidien sont inévitablement affectés par le projet. « Se préparer pour un Ironman est un mode de vie de 178 heures par semaine. J’ai vu trop de proches qu’on n’avait visiblement pas consultés au préalable faire les frais de cette réalité », regrette Pascal Dufresne, entraineur personnel et enseignant en éducation physique au Cégep de Trois-Rivières.

Bien des gens sous-estiment le niveau d’engagement requis pour être capable de passer au travers d’une si longue journée – le temps limite pour terminer l’épreuve est de 17 heures. « Les discussions tournent beaucoup autour du matériel à se procurer ou des séries d’intervalles à réaliser. Ce faisant, on passe à côté des questions essentielles à se poser afin d’éviter de commettre des erreurs fâcheuses », enchaîne celui qui a collaboré à plusieurs projets de l’équipe de triathlon du Québec. Si tout est possible (Anything is possible), comme le clame le slogan de la populaire franchise internationale, ne succombez cependant pas à la tentation de la pensée magique.

Se développer

Assurez-vous tout d’abord que l’événement que vous avez dans le collimateur vous convient. La base, dites-vous ? Pourtant, plusieurs ne poussent pas leur analyse au-delà de l’exotisme du site de compétition. « Un comptable doit faire une croix sur le printemps à cause de la saison des impôts qui le tient occupé. Et il est préférable de prévoir les vacances familiales après la course plutôt qu’avant, de manière qu’elles ne se transforment pas en camp d’entrainement », conseille Pierre Svartman. Se renseigner sur les parcours, leurs exigences et les conditions météo probables lors du jour de la compétition est aussi un incontournable. Si vous tolérez mal la chaleur, évitez par exemple les courses estivales.

Cela soulève le point de l’expérience requise pour un Ironman. Ce n’est pas parce que vous pouvez vous y inscrire que vous le devriez, du moins pas tout de suite. « L’expérience sportive compte pour beaucoup dans cette décision. Parfois, la marche est trop haute, et il vaut mieux débuter tout en bas de l’échelle, puis faire tranquillement ses classes », explique Antoine Jolicoeur Desroches, triathlète professionnel, étudiant au doctorat en sciences de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke et entraineur personnel. Vous n’avez jamais fait de triathlon ? Commencez par un sprint ou un olympique, avant de vous faire les dents sur quelques 70.3.

« On ne réalise pas tout le travail nécessaire pour bien faire lors d’un Ironman. L’exploit a été banalisé dans les dernières années, mais il n’en demeure pas moins un accomplissement remarquable », insiste Pierre Svartman. Après tout, dès sa naissance à Hawaï à la fin des années 1970, la compétition a été pensée comme un défi d’envergure. Le relever devrait couronner une carrière de sportif d’endurance plutôt que de constituer un élément à cocher dans sa bucket list. « Cette distance commande du respect », résume Pascal Dufresne, avant de préciser que posséder certains acquis facilite les premiers pas dans cet univers. « Les bons coureurs ont une longueur d’avance ; ils résistent mieux aux blessures d’usure », illustre-t-il.

Penser spécificité

Une grande partie de l’aventure se vit lors des longs mois d’entrainement qui précèdent le Ironman. Avoir à votre disposition un bon plan revêt donc une importance considérable. « De nos jours, il est facile de trouver en ligne des programmes d’entrainement de qualité, payants ou non. L’enjeu est d’être capable de les suivre au jour le jour sans se laisser submerger par la tâche », nuance néanmoins Pierre Svartman. Investir dès le départ dans les services d’un kinésiologue ou d’un entraineur certifié pourrait être une décision judicieuse. Et tant qu’à y être, cognez à la porte d’une nutritionniste, cette spécialiste de la soi-disant quatrième discipline du triathlon.

Pascal Dufresne suggère quant à lui de visiter un expert du positionnement cycliste. Selon lui, trop de triathlètes roulent sur d’excellentes machines sans en tirer pleinement parti, faute d’une position adéquate. « On cherche à réduire au maximum sa surface frontale, c’est-à-dire à être le plus compact possible sur son vélo en baissant la tête, en rentrant les épaules et en rapprochant les bras du corps », vulgarise-t-il. Attention toutefois de ne pas sacrifier votre confort au profit de l’aérodynamisme – des compromis sont souvent indispensables. Un truc : effectuez l’essentiel de vos heures de selle sur le vélo que vous comptez utiliser lors de votre Ironman.

Cette notion de spécificité s’applique par ailleurs à de nombreux autres aspects de l’entrainement. Exercez-vous à nager à moins de 1 m de vos concurrents, comme vous voudrez le faire pour économiser votre énergie lors du grand jour. Habituez-vous à ingérer de 60 à 90 g de glucides par heure, voire davantage, de manière à accoutumer votre organisme à les absorber à l’effort et à vérifier ce qui fonctionne ou non pour vous. Familiarisez-vous avec l’ennui au cours de vos longues sorties à faible intensité ; cet état d’immense lassitude vous frappera immanquablement durant la seconde boucle de vélo. Ou du 30e kilomètre du marathon…

Ne pas se laisser infecter

Lors d’un Ironman, chaque détail compte. Ainsi, ce n’est pas parce que les transitions constituent de courtes parenthèses qu’elles doivent pour autant être négligées. « L’idée est de s’attarder le moins possible dans la zone de transition. Il faut toujours être en mouvement », recommande Pascal Dufresne. Autre exemple de gain pas si marginal : les enchaînements entre les diverses disciplines de triathlon, aussi bien à l’échelle d’une journée que d’une semaine d’entrainement. « Courir avec les jambes fatiguées le lendemain d’une longue sortie de vélo permet d’apprivoiser l’allure qu’on pourra tenir lors de la portion course à pied du Ironman », affirme Antoine Jolicoeur Desroches.

C’est également le meilleur moyen de mettre à l’épreuve son aptitude à affronter le stress. Un rien suffit parfois à se laisser aspirer dans une spirale de pensées négatives. Comment vous en sortirez-vous le cas échéant ? Une solution pourrait être de lever les yeux de ces gadgets qui vous nargueront alors. « Je pose souvent les questions aux athlètes que je supervise : si ta montre GPS ou ton capteur de puissance lâche, que fais-tu ? Es-tu démuni ? raconte Pascal Dufresne. Il est important d’apprendre à se fier à ses seules sensations dans un contexte de compétition, entre autres pour ne pas se démonter si les valeurs escomptées ne sont pas au rendez-vous. »

Avoir côtoyé le doute et l’adversité à l’entrainement immunise contre les coups durs. Ça tombe bien : le quotidien d’un homme de fer, aspirant ou confirmé, en est ponctué. « Ce n’est pas un hasard si les triathlètes flirtent fréquemment avec le surentrainement. Ils doivent constamment s’éparpiller dans trois disciplines différentes, ce qui est d’autant plus vrai dans le contexte de préparation à un Ironman », fait remarquer Antoine Jolicoeur Desroches, qui parle en toute connaissance de cause. Composer avec le sentiment de ne jamais en faire assez, ce virus sournois, est un apprentissage constant.

Gérer ses attentes

Ne pas vous laisser infecter vous aidera par exemple à réussir votre affûtage, pendant lequel il faut lever le pied – mais pas trop – afin de se présenter à la fois reposé, en forme et le couteau entre les dents sur la ligne de départ. Mission impossible ? Longue de 10 à 15 jours, voire un peu plus, cette période est souvent mal vécue par les triathlètes, ces « machines » rompues à l’entrainement. « Certains vont profiter de chaque séance pour se tester ; d’autres n’ajusteront pas leur apport calorique en conséquence. Dans les deux cas, on vient nuire à l’objectif final, qui est de réaliser la meilleure performance possible », indique Pascal Dufresne.

Malgré tous les efforts, contempler un DNF (n’a pas terminé) à côté de son nom à l’issue du jour J demeure une réelle possibilité. De là l’importance de s’engager dans cette bataille avec des objectifs réalistes. Battre un temps précis, rallier la ligne d’arrivée, vivre une journée mémorable : au chapitre des attentes, vous êtes le seul maître à bord. Pour sa part, Pierre Svartman aime mesurer le succès d’une telle entreprise sur le long terme, en se projetant quelques années après l’exploit. « Par expérience, je sais que trop de personnes vont s’être laissé gagner par la sédentarité, comme si tout cela n’avait servi à rien », confie-t-il, avec une pointe de déception. Se vanter d’être un Ironman, c’est bien beau. Mais à quel prix ?

 

Maxime Bilodeau est journaliste et kinésiologue de formation.