Retomber en amour

  • Courtoisie Marathon de Philadelphie

Le 21 novembre dernier, notre collaborateur Philippe Jacques a couru le Marathon de Philadelphie. Une occasion, selon ses dires, de retomber en amour avec le marathon. Témoignage.

Même si j’étais blessé et que je venais de courir un marathon quelques semaines plus tôt, je n’ai pas pu résister lorsque j’ai appris qu’une joyeuse délégation de membres de mon ancien club de triathlon Les Chickens s’organisaient un week-end dans la ville de l’amour, Philadelphie.

Parti le vendredi matin de Montréal, 45 minutes après avoir reçu mon résultat négatif du test de COVID, j’ai rejoint Mathieu, Maxime et notre supportrice Katherine pour un roadtrip de 7h de route, plein d’humour et de musique comme dans le temps de l’avant COVID.

Le samedi matin, nous aurions bien aimé encourager les nombreux Québécois qui participaient au demi-marathon ou au 8km mais nous avions une journée très chargée! Nous avons donc manqué les performances du jour, incluant de nombreux PB pour les Chickens et pour le club Team Hébert,  avec à leur tête leur coach Karl Hébert qui a remporté facilement son groupe d’âge avec un demi-marathon en 1h20…à 55 ans!

Notre visite à l’expo marathon fut plutôt rapide avec une exposition modeste et peu de compagnies présentes mais qui nous a permis de voir le fruit de notre travail à venir le lendemain : une magnifique médaille avec la fameuse cloche de Philadelphie qui a résonné lorsque la Déclaration d’indépendance a été lue en 1776.

 

Nous en avons également profité pour nous rendre au Reading Terminal Market et y prendre notre déjeuner en attendant l’ouverture de l’expo. Ce marché existant depuis 1892 est un pur bonheur pour les foodies! Plus tard dans la journée, une promenade dans le magnifique quartier historique de Philadelphie est également un incontournable lors d’une visite à Philly. Dans un tout autre registre, la visite du Eastern State Penitentiary , autrefois la prison la plus dispendieuse au monde ayant entre autres hébergé Al Capone, a également été un moment fort.

En ajoutant un test COVID à s’administrer soi-même à quatre dans une voiture dans le stationnement d’une pharmacie pour un séjour de plus de 72h (fous rires garantis dans la voiture!), la veille du marathon est passée très vite. Il nous restait heureusement le temps d’un bon souper de pâtes dans un restaurant italien entre coureurs, ce qui m’a permis de trouver une personne pour me faire un taping médical pour le marathon!

Dimanche matin, le départ du marathon a lieu avec une météo idéale à 3 degrés, nuageux et de faibles vents. Les files d’attente sont longues pour les toilettes et pour laisser son sac  dans les camions-vestiaires mais heureusement grâce à mon accréditation média de KMag, je peux accélérer le processus et ne pas manquer ma vague de départ! Merci KMag ! Une chance car je suis en plus juste à côté de la tribune d’honneur et de Meb Keflezighi, seul coureur ayant remporté les marathons de New York, de Boston et une médaille olympique.

Le départ est donné à 7h et on s’élance devant le Museum of Art et ses célèbres marches courues à toute vitesse par Rocky dans les 2 premiers films de la série. Mon affutage pour ce marathon a d’ailleurs constitué à passer beaucoup plus de temps à écouter les films de Rocky qu’à courir, particulièrement avec une blessure.

Alors que j’ai pratiquement couru tous mes 23 marathons précédents depuis 2010 dans le but d’un objectif de temps clair, j’avais décidé de courir celui-ci avec une autre approche et ne pas accorder d’importance au résultat final. J’allais courir afin de respecter mes pulsations cardiaques (ne pas dépasser 160, ce qui correspond à 90% de ma VO2 Max à 44 ans), rester très concentré sur ma technique de course pour éviter d’augmenter ma douleur, prendre mes deux verres de Gatorade et un verre d’eau à chaque station de ravitaillement (elles sont à tous les 3km), mes gels à chaque 9km, mes capsules de sel à chaque heure de course…et prier pour que mon taping neutralise ma douleur!

Les 10 premiers kilomètres se passent relativement bien, dans le très beau centre-ville de Philly et à côté de la rivière Schuylkill. Le parcours est plat. Je sens une douleur à l’adducteur droit dès le départ mais la douleur est tolérable. Je croise quelques coureurs de la Team Hébert qui visent à passer sous les 3h et je rejoins un coureur qui porte une affichette « For Steeve » écrit derrière son dos. Je l’encourage en lui souhaitant une belle course pour son ami Steeve et il me répond, touché, que son ami lui manque beaucoup. La foule est nombreuse et bruyante sur le parcours, me rappelant parfois les foules incroyables des marathons de Boston et de New York. Les pancartes des supporteurs sont originales, avec ma préférée que je n’avais vu auparavant : Pain is the French word for bread.

Juste avant de sortir de la ville, je croise à nouveau Meb qui est présent sur le côté du parcours pour faire des high five aux coureurs. Je suis heureux de lui taper dans les mains et ça me donne un boost d’énergie! Les kilomètres suivants nous amènent à l’extérieur de la ville dans de grands parcs et devant le zoo. Les couleurs  d’automne dans les arbres sont encore magnifiques, avec beaucoup de rouge. C’est par contre à partir de ces kilomètres qu’on réalise que le parcours du marathon de Philadelphie est difficile (plus difficile que celui de New York à mon avis). Des côtes et des vallons jusqu’au km 42. Heureusement, mon corps ne flanche pas et même si c’est difficile, je m’attendais à souffrir davantage.

J’ai un grand regain d’énergie autour du km 25 alors qu’on débute une longue et légère descente avec un vent de dos jusqu’au rond-point du km 32. Je commence à interagir davantage avec la foule en leur demandant de faire plus de bruit et en criant parfois Adrian! Je croise à nouveau Dany, Patrick et Catherine de Team Hébert en route vers leur sub 3 (à son premier marathon pour Catherine!) et je réalise que ce retour pour les 10 derniers km avec une montée et un vent de face sera difficile.

Et c’est à partir du km 32 que le miracle s’est produit. Je commence pour la première fois à dépasser des coureurs dans cette longue montée. Ma douleur a maintenant complètement disparu. Mieux encore, je n’ai jamais eu les jambes aussi fraîches au km 32 d’un marathon! Je me sens même beaucoup mieux qu’au départ du marathon même si le soleil est sorti est que je commence à m’asperger d’eau à chaque station. Je décide donc de pousser davantage au niveau cardio, augmentant tranquillement mes pulsations cardiaques jusqu’à 169. Je croise Mathieu qui se dirige vers le rond-point et qui est euphorique : il a couru 2 fois dans le dernier mois en raison d’une blessure beaucoup plus sévère que la mienne et il avait prévu d’abandonner au km 10. Je rattrape le coureur qui court pour son ami Steeve et je l’encourage à aller chercher cette médaille pour lui.

Je suis euphorique et incrédule. Le lundi précédent, j’avais de la difficulté à courir 1h en continu à une vitesse moins élevée qu’aujourd’hui. Je présume que mon repos de la dernière semaine et mon taping font la différence, tout comme la paire de chaussures choisie par ma conjointe à ma demande, qui contient plus de soutien et plus de dénivelé pour un coureur comme moi qui fait de la pronation et qui attaque du talon.

Je dédie tout de même quelques kilomètres à des personnes très près de moi comme mes 2 enfants, ma conjointe et ma mère, pour continuer à tout donner ce que je peux. C’est le marathon de la rédemption alors que ce fut pénible lors de la plupart de mes marathons au cours des dernières années. Je serai loin de battre mon record aujourd’hui, mais je retrouve enfin la sensation de terminer fort un marathon et de me battre jusqu’au bout, au lieu d’y aller quitte ou double en partant plus rapidement et de terminer en joggant à partir du km 21 ou km 25.

Je débute mon sprint sous les applaudissements de Chickens qui avaient couru le demi-marathon la veille et je fonce vers la ligne d’arrivée avec les bras dans les airs et en criant! J’ai un énorme sourire accroché au visage, je deviens émotif et je prendrais tous les bénévoles dans mes bras pour les remercier! Et en plus je croise à nouveau Meb qui félicite les coureurs à l’arrivée!

Un bénévole m’accroche la magnifique et massive médaille au cou. Il accepte de m’en accrocher 2 autres au cou pour mes enfants! Je prends quelques trucs à boire et à manger (vive les hot dog avec de bonnes saucisses!) avant de me diriger vers le camion récupérer mon linge et marcher quelques pas vers les fameuses marches et la statue de Rocky à côté de l’arrivée du marathon. Je prends toutes les photos classiques et on fera de même à l’arrivée de Mathieu et de Maxime, qui termine avec un spectaculaire saut de poulet!

On profite ensuite des navettes d’autobus pour retourner vers le centre-ville tout près et on marche fièrement pendant quelques heures dans la ville avec nos médailles et le bruit de la cloche (qui rappelle celle des troupeaux de vaches!) en recevant quelques félicitations des passants. On se dirige vers mon restaurant préféré aux États-Unis après un marathon, le Cheesecake Factory (!!!) et on se prend également un délicieux Philly cheesesteak au Reading Terminal Market pour manger à notre hébergement. On réussit de peine et de misère à trouver de la bière comme il n’y a pas de Beer Store sur notre chemin mais dans le fond d’un frigo de dépanneur, on trouve finalement le précieux breuvage comme le propriétaire du dépanneur travaille pour une brasserie le jour et qu’il vend (illégalement) les 2 caisses de bière qu’il reçoit gratuitement chaque mois! Ça ne s’invente pas!

Santé Philly! C’est toujours agréable de retomber en amour.

L’auteur Philippe Jacques remercie le marathon de Philadelphie et Visit Philly pour les services offerts lors de ce séjour.