Sur les traces du Marathon de Rimouski
Se distinguant par son merveilleux parcours sur les rives de l’estuaire du Saint-Laurent, le Marathon de Rimouski a su gagner le cœur des athlètes depuis sa 1re édition, en 2002, malgré son immanquable vent de face. Portrait d’un événement régional qui n’a rien à envier à ceux des grandes villes.
Que fait un coureur quand il court ? Il rumine. La plupart du temps, ces pensées ne mènent à rien, je vous en passe un papier. D’autres fois, ces idées qui germent dans la sueur salée aboutissent à quelque chose. C’est le cas du Marathon du Rimouski, qui est né dans l’esprit de Clément Pelletier pendant qu’il usait ses espadrilles. « Je suis arrivé à ce constat : puisque toutes les grandes capitales européennes, comme Paris et Berlin, présentent leur propre marathon, je me suis dit que Rimouski, en tant que capitale de l’est du Québec, méritait également sa propre course », raconte-t-il à KMag.
Nouvellement retraité du cégep de Rimouski, Clément Pelletier, un coureur invétéré qui avait couru 20 marathons en bas de trois heures, est passé de la pensée fugace à l’acte : il a mis en place la 1re édition du Marathon de Rimouski en 2002, avec l’aide de son ami Richard Tremblay et de son inestimable épouse, Violette Côté. Aujourd’hui, on ne se doute pas qu’en ce début de millénaire, organiser un marathon dans une ville du Bas-Saint-Laurent de 45 000 habitants (population de 2001) s’avérait un pari extrêmement risqué. « Il fallait de l’audace pour se lancer dans cette aventure, en raison de notre éloignement des grands centres, d’où proviennent les gros bassins de coureurs », soutient Sébastien Bolduc, le coordonnateur de cette course à partir de 2012, prenant la relève de Clément Pelletier, et ce, jusqu’en 2023. Clément Pelletier restera toutefois sur le conseil d’administration jusqu’en 2024.
À l’immense surprise de Clément Pelletier, les inscriptions x sont entrées en grand nombre par la poste (oui, ça se passait comme ça en 2002 !). « Nous nous attendions à un maximum de 50 participants », avoue le fondateur, qui a maintenant 83 ans. Finalement, 199 braves se sont joints à la 1re édition, qui se tenait à la fin d’octobre. La nuit précédant la course, la neige s’est mise de la partie. À l’heure du coup de départ, il faisait un temps exécrable : le mercure indiquait 3 °C et un vent glacial de 30 km/h soufflait de face sur le chemin de retour des concurrents et concurrentes. Comme si le Tout-Puissant souhaitait : « Bienvenue à Rimouski ! » Ceci n’a pas empêché le premier gagnant de la course, Gérard Leclerc, de croiser le fil d’arrivée en 2 h 41 min. Une véritable prouesse, sous ces conditions.
Le Marathon de Rimouski avait réussi son entrée en scène. La 2e édition, devancée au début d’octobre, comptait 300 participants. La 5e édition a dépassé la barre des 1000 inscrits. À la 10e année, c’est 2300 personnes qui ont franchi les différentes distances. À une époque, on considérait le Marathon de Rimouski comme le troisième plus grand événement de course à pied au Québec, après Montréal et Québec.
En 2025, les inscriptions ont surpassé les 4000 personnes. « Seule l’édition de 2017 a compté davantage de participants, mais c’était une année exceptionnelle, car le Marathon de Montréal avait annulé son 42,2 km in extremis, en raison d’une canicule. Les marathoniens s’étaient rabattus sur notre course, qui se déroulait peu de temps après », rappelle Sébastien Bolduc, qui a toujours travaillé bénévolement pour la cause.
À sa fondation, personne n’aurait cru que cette rencontre sportive connaîtrait un tel succès. « Attirer 4000 coureurs nous apparaissait complètement impensable. Nous n’osions même pas y croire ! » admet Sébastien Bolduc. Que réserve l’avenir ? Quelque 5000, 6000 coureurs ? Impossible, car la croissance se heurte à un obstacle régional. « Nous dépassons déjà largement la capacité hôtelière de Rimouski. Cette réalité limitera toujours notre progression », mentionne le président du comité organisateur.
Les secrets d’une réussite
En vue de se démarquer dans le marché compétitif des marathons, Rimouski avait une excellente carte dans son jeu : un cadre magique, en bordure du Saint-Laurent. Depuis l’an 1, le parcours du 42,2 km suit l’ancien tracé de la route 132 vers l’est jusqu’à Sainte-Luce, avant d’effectuer un demi-tour. En ce qui concerne le demi-marathon, le demi-tour se fait au site historique maritime de la Pointe-au-Père.
En courant le demi-marathon, je ne m’attendais pas à un trajet aussi merveilleux. Je croyais, à tort, que nous serions surtout cantonnés sur l’actuelle route 132, large de quatre voies au centre de Rimouski. Mais non, l’itinéraire trouve sans cesse des façons de tutoyer le majestueux cours d’eau, dont le littoral se singularise par ses milieux humides. « C’est le seul marathon où le décor change d’année en année, en raison de l’horaire des marées », me fait remarquer Sébastien Bolduc.
Les conditions atmosphériques de 2025 étaient parfaites : faible vent de 7 km/h, rafales à 20 km/h. « C’était la meilleure journée de l’année pour courir à Rimouski », certifie Emmanuel Joncas, propriétaire de la boutique La Course à pied et lapin de cadence au demi-marathon, qui a l’habitude des temps venteux. Le lendemain, le vent soufflait à 30 km/h. Nous l’avons échappé belle ! Autre carte dans le jeu de Rimouski : un parcours exceptionnellement plat, présentant un dénivelé maximal de 10 m sur la distance marathon. Puisqu’il est homologué par Athlétisme Canada depuis sa 2e édition, c’est une destination prisée par qui participe en quête d’une qualification pour Boston.
Toutefois, côtoyer l’estuaire de si près comporte une incertitude : le vent. À cette période de l’année, Éole souffle presque toujours de l’ouest, ce qui implique que les athlètes l’ont dans le dos à l’aller mais l’affrontent au retour, quand la fatigue s’installe. Certaines années ont été plus difficiles que d’autres, dont l’année 2024, alors que la vitesse moyenne des vents était de 20 km/h et celles des rafales de 30 km/h. Cet élément a cependant créé une fin de course sensationnelle chez les hommes, car les marathoniens ont couru en peloton jusque dans les ultimes mètres. Résultat : seulement 8 s ont séparé les trois places au podium masculin. C’est François Jarry qui l’a remporté de justesse.
Pas juste une banane
Les organisateurs savaient qu’un beau décor et un parcours sans dénivelé ne suffiraient pas à convaincre une masse de gens de franchir une longue distance pour s’esquinter dans le Bas-Saint-Laurent. Donc, depuis la fondation, ils déroulent le tapis rouge. « Nous voulions un événement convivial, à l’ambiance chaleureuse, et pas juste donner une banane et dire : ‟Bon, allez-vous-en !” C’est pour cela que nous avons décidé dès les débuts d’offrir un repas de pâtes la veille de la course », relate Clément Pelletier.
Aujourd’hui, le souper de pâtes, optionnel, n’est pas seulement un extra apprécié des participants et participantes, c’est une nécessité. « Sinon, les restaurants de Rimouski déborderaient. Le restaurant Pacini a même déjà manqué de pâtes », avance Sébastien Bolduc. Ce n’est pas tout : médaille au cou, tous ont droit, post-course, à un repas complet où ils digèrent leur exploit.
C’est ainsi que ce marathon s’est taillé une place enviable dans l’écosystème des événements québécois. Ses organisateurs bénévoles sont de véritables passionnés. Et Clément Pelletier veille au grain. « Si jamais le comité organisateur jette l’éponge, je vais reprendre du service. Je suis prêt à tout pour que ce marathon ne meure jamais », déclare l’octogénaire. Longue vie au Marathon de Rimouski !
Lieu de naissance du Pace du bonheur
Une des grandes fiertés de Clément Pelletier, fondateur du Marathon de Rimouski, est que son événement ait été l’hôte du premier marathon du Pace du bonheur, formule créée par Nathalie Bisson, où les participants profitent d’un départ hâtif pour effectuer le 42,2 km sans pression de performance ou du chrono. « Je me souviens comme si c’était hier du départ à 6 h du matin, en 2011, de Nathalie Bisson, seule participante à cette formule qu’elle inaugurait. C’était son premier marathon à vie, et elle l’a terminé en versant des larmes de joie », se rappelle Clément Pelletier.
La formule non compétitive du Pace du bonheur deviendra une épreuve officielle de Rimouski en 2023. En 2025, 140 coureurs et coureuses ont franchi la distance en partant à 7 h 30 plutôt qu’à 8 h 30. Les adeptes ont 8 h pour parcourir le trajet, plutôt que les 6 h 30 du marathon officiel. « Le but du Pace du bonheur est de rendre accessible la ligne d’arrivée au maximum de gens en revenant à la base de la course, celle de courir sans montre, juste pour le plaisir », confie Nathalie Bisson, qui remet les médailles à tous les finissants du Pace du bonheur.
Championnat québécois du marathon
En 2024 et 2025, le Marathon Groupe Ouellet Bolduc de Rimouski – c’est son nom officiel – a été l’hôte du premier Championnat québécois du marathon dans le cadre de la Coupe Québec Viens Courir. « Nous avons placé la barre haut pour accueillir l’élite, en accordant d’importantes bourses, l’hébergement et l’allocation de dépenses », indique Sébastien Bolduc, dont l’organisation invitait déjà des coureurs et coureuses de l’élite depuis quelques années. En 2025, un total minimum de bourses et primes de performance de 19 000 $ était en jeu, pour un maximum total de 40 000 $.
Le défi a été de convaincre l’élite québécoise de se déplacer jusque dans le Bas-Saint-Laurent, car les meilleurs coureurs et coureuses ont l’embarras du choix côté marathon. « Ils peuvent être attirés par un marathon plus relevé, avec une densité de coureurs plus forte, afin de se faire tirer et de réaliser leur meilleur temps », explique Marilou Ferland-Daigle, coordonnatrice course sur route et trail à Athlétisme Québec.
La 2e édition du Championnat québécois était plus étoffée, avec une vingtaine de coureurs et coureuses d’élite. Chez les femmes, c’est Rosalie Ménard qui a gagné le 2e Championnat québécois, en 2 h 50 min 26 s, avant de remporter un mois plus tard le Marathon Beneva de Québec. « J’ai adoré le décor magnifique de Rimouski. Quand je cours dans un beau paysage, je me détache plus facilement de la douleur. Et l’ambiance était géniale : c’est comme si toute la ville vibrait autour de cette course », témoigne la championne de 2025.
Chez les hommes, Marc-Antoine Senneville, 30 ans, a monté sur la première marche du podium grâce à un chrono de 2 h 22 min 13 s. Lui aussi a adoré l’expérience de sa première participation : « J’ai aimé le parcours plat et malgré l’effort, je suis arrivé à profiter du paysage. » Celui qui est coach à Trois-Rivières est reparti avec une chouette cagnotte de 5000 $.
Après deux années à Rimouski, le Championnat provincial du marathon de la Coupe Québec Route, nouvelle appellation de la Coupe Québec Viens Courir, déménage au Marathon Beneva de Québec le 4 octobre 2026, histoire de varier les destinations.





